Je l'aime, je l'haïs

Je l'aime pour ses parcs. Pour ses pistes cyclables qui l'entourent. Pour la sympathique Saint-Denis, la snob Saint-Laurent, la laide Sainte-Cat. Pour son métro tout bleu que je trouve donc qu'il sent bon. Pour les files d'attentes polies en attendant l'autobus. Pour les ruelles où se côtoient des enfants multicolores. Pour la cacophonie de toutes ces langues étrangères qu'on entend tous les jours. Pour la gare centrale, mon endroit préféré. Pour les arbres géants, qui cohabitent avec les logements en rangées. Pour le marché Jean-Talon. Pour l'Ex-centris. Pour Frite Alors!
Après quelques années de passion, je me suis surprise à la détester. À cause de sa froideur, de son indifférence, du chacun pour soi. À cause du "fast-foot", où les pieds s'entrechoquent à vouloir toujours marcher plus vite. À cause des soupirs exaspérés de ses habitants. Je l'ai haïe pour son urgence de vivre. De mal vivre. J'en suis venue à prendre ses plis. Je suis devenue égoïste et agressive. Impitoyablement impatiente. Grise et morose.Je l'ai peut-être trop aimée, elle m'a blessée. J'ai fini par m'en aller. J'ai eu de la peine. Maintenant, je suis guérie.
Aujourd'hui, je retourne à Montréal comme-ci je revoyais une ancienne flamme: contente de savoir ce qu'elle est devenue, mais soulagée de l'avoir enfin quittée.









